L’activité physique : une alliée inattendue contre les maladies chroniques

8 août 2025

Ce que l’on entend (vraiment) par “maladies chroniques” et leur impact

Le terme de “maladie chronique” regroupe des pathologies durables, souvent évolutives, nécessitant une prise en charge sur le long terme. Elles touchent aujourd’hui près de 20 millions de personnes en France (DREES, 2023), soit plus de 35 % de la population. Parmi elles : maladies cardiovasculaires (première cause de mortalité en France), diabète de type 2, cancers, bronchopneumopathies chroniques (BPCO), maladies ostéoarticulaires (arthrose, ostéoporose), mais aussi troubles anxieux et dépressifs. Ces maladies représentent la plus grande part des dépenses du système de santé, mais surtout un lourd fardeau en termes de qualité de vie : douleur, diminution de l’autonomie, fatigabilité accrue.

  • 60 % des adultes européens ne pratiquent pas assez d’activité physique pour être en bonne santé (Eurobaromètre, 2022)
  • Près d’1 décès sur 10 en France est attribué à l’inactivité physique, toutes causes confondues (Inserm, 2019)
  • Le coût estimé pour la collectivité : plus de 17 milliards d’euros/an uniquement pour les conséquences de la sédentarité (Institut Santé, 2022)

Pourquoi l’activité physique protège-t-elle autant de pathologies ?

Des mécanismes multiples, des bénéfices durables

L’activité physique régulière agit comme un “médicament global” : elle ne cible pas un organe, mais l’organisme tout entier. Voici comment :

  • Effet métabolique : elle améliore le contrôle de la glycémie, réduit la résistance à l’insuline et favorise un meilleur équilibre lipidique, limitant le risque de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires (Source : Fédération française des diabétiques).
  • Effet anti-inflammatoire : l’exercice réduit la production de certaines cytokines pro-inflammatoires, contribuant à ralentir le développement de nombreuses maladies, y compris certains cancers (Harvard Medical School, 2020).
  • Action sur le cœur et les vaisseaux : elle améliore le tonus cardiaque, abaisse la pression artérielle et favorise la souplesse vasculaire.
  • Impact sur le squelette et les muscles : pratiquer prévient l’ostéoporose, ralentit la perte musculaire (sarcopénie) et diminue le risque de chutes.
  • Protection cérébrale : l’exercice régulier stimule la neurogénèse, améliore la mémoire, l’humeur, limite le risque de dépression et pourrait retarder l’apparition de maladies neurodégénératives (ANSES, 2022).

L’activité physique est-elle différente du sport ?

Oui, et c’est une précision essentielle : l’activité physique ne se limite pas à la pratique sportive encadrée. Marcher, jardiner, danser, jouer avec ses enfants, faire du vélo utilitaire… tout mouvement compte dès lors qu’il augmente votre dépense énergétique par rapport au repos. Cette accessibilité explique pourquoi elle est recommandée pour toutes et tous, y compris en situation de maladie ou de handicap.

Des chiffres-clés pour motiver le passage à l’action

  • Pratiquer 30 à 60 minutes d’activité physique modérée par jour réduit de 30 à 40 % le risque de développer une maladie cardiovasculaire (OMS, 2021).
  • Il est démontré qu’une activité physique régulière diminue de moitié l’incidence du diabète de type 2 chez les personnes à risque (Etude DPP, NEJM, 2002).
  • Faire simplement 10 minutes de marche rapide par jour permet d’éviter 8 % des décès prématurés chez les plus de 40 ans (Cambridge University, 2022).
  • L’effet protecteur vaut à tout âge : chez les plus de 65 ans, l’activité physique divise par deux le risque de perte d’autonomie (Inserm, 2020).

Des exemples concrets de prévention grâce au mouvement

Réduction de l’hypertension

Plusieurs études (American Heart Association, 2019) montrent que 3 séances hebdomadaires d’endurance (marche, vélo, natation) abaissent significativement la tension artérielle, parfois autant que certains traitements médicamenteux. L’effet bénéfique est observable dès quelques semaines et se prolonge tant que l’activité est maintenue.

Prévenir les douleurs articulaires et l’arthrose

Contrairement aux idées reçues, l’exercice n’use pas les articulations. Il les entretient et favorise même la réparation du cartilage par une meilleure circulation du liquide synovial. Chez les personnes à risque ou déjà souffrant d’arthrose, pratiquer des activités douces (yoga, natation, renforcement musculaire adapté) réduit la douleur et limite la dégradation des tissus.

Lutter contre la dépression et l’anxiété

En stimulant la production d’endorphines et la neuroplasticité, l’activité physique réduit les symptômes d’anxiété et de dépression. Des essais cliniques (Cochrane, 2018) confirment que des séances régulières sont aussi efficaces que les médicaments pour des formes légères à modérées de dépression.

Comment s’y prendre quand on part de zéro ou qu’on a une pathologie ?

  • Commencer petit : 10 minutes par jour, c’est mieux que rien. L’essentiel est la régularité. Marcher un arrêt de bus plus loin, monter les escaliers, s’étirer le matin… chaque mouvement compte.
  • Choisir une activité adaptée et plaisante : aucune obligation de courir un marathon. L’important est d’intégrer le mouvement dans son quotidien, sous les formes qui conviennent à ses capacités et ses préférences.
  • Demander conseil à un professionnel : en cas de maladie ou de limitation, des programmes d’« activité physique adaptée » existent. Ils sont élaborés par des professionnels de santé formés (comme les éducateurs en APA ou les kinésithérapeutes).
  • Inviter son entourage : la pratique en groupe ou en famille favorise l’assiduité et la motivation.
  • Varier les plaisirs : alterner endurance, renforcement, activité d’équilibre et de souplesse pour solliciter l’ensemble du corps.

Les recommandations officielles simplifiées

L’OMS recommande pour les adultes, y compris les personnes âgées :

  • Au moins 150 à 300 minutes d’activité physique d’intensité modérée par semaine (soit 30 à 60 minutes, 5 jours sur 7)
  • Inclure 2 séances de renforcement musculaire par semaine
  • Limiter la sédentarité et les périodes assises prolongées (se lever au moins toutes les heures)

Ces recommandations sont modulables selon chaque profil. L’avis d’un médecin ou d’un professionnel de l’activité physique adaptée est conseillé en cas de doute.

Déclics et freins : les croyances à dépasser

  • ”Il est trop tard pour commencer” : Faux. L’activité physique apporte des bénéfices, même débutée à un âge avancé ou après un diagnostic de maladie chronique. Les études chez les plus de 80 ans montrent des gains d’autonomie et de mobilité (Revue Gériatrie et Psychologie, 2021).
  • ”Je dois forcément transpirer ou forcer” : La majorité des effets protecteurs sont obtenus avec une intensité modérée (noter une légère accélération du souffle ou du rythme cardiaque).
  • “Avec mes douleurs ou mes traitements, je ne peux rien faire” : C’est l’inactivité qui majore la perte musculaire et la fatigue. Adapter l’activité, même de façon très douce, est possible dans la grande majorité des cas.
  • “L’activité physique prend trop de temps” : Fractionner en petites périodes tout au long de la journée est aussi efficace (3 × 10 min valent 30 min d’affilée).

Ressources pour agir – parce que comprendre ne suffit pas toujours

  • MangerBouger.fr – site officiel avec tests d’auto-évaluation et vidéos pratiques
  • Sport-Santé.fr – répertoire des structures sport santé par région
  • Fondation HAsir – conseils et activités adaptées handicap
  • Pour échanger avec d’autres et émerger des idées, des groupes locaux “Marchons vers la santé” (listés en mairie ou dans les maisons sport-santé)

L’essentiel à retenir et une invitation au mouvement

L’activité physique constitue l’un des leviers les plus puissants pour réduire l’apparition et la progression des maladies chroniques. Elle protège la santé globale – cœur, cerveau, articulation, moral – avec des bénéfices qui se manifestent dès les premières semaines et se cumulent ensuite. Le mouvement n’est l’apanage ni des sportifs, ni d’une classe d’âge : chacun peut et doit y trouver sa place. Les petits changements font une vraie différence à l’échelle d’une vie.

Oser faire le premier pas, choisir une activité qui vous plaît, valoriser chaque progrès – même minime – c’est prévenir, mais aussi déjà vivre mieux. La prévention ne se résume pas à un message : elle se construit, jour après jour, en mouvement.

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