Prévention des cancers : l’activité physique, un atout trop souvent sous-estimé

8 juillet 2025

Comprendre les liens entre activité physique et prévention du cancer

La relation entre l’exercice physique et la santé ne se limite pas à la forme ou au bien-être immédiat. Depuis quelques décennies, la recherche médicale s’intéresse avec attention à la façon dont le mouvement influence la prévention de certaines maladies chroniques, en particulier les cancers. Ce lien, longtemps réduit à un bénéfice « global », révèle aujourd’hui des données précises qui redessinent la place de l’activité physique dans la prévention médicale. Pourquoi et en quoi bouger régulièrement peut-il protéger de certains cancers ? S’agit-il de tous les cancers ou seulement de quelques-uns ? Quelles sont les recommandations valables pour chaque âge ou condition physique ?

Ce que disent les grandes études : un lien aujourd’hui indiscutable

De nombreuses méta-analyses et études longitudinales confirment que l’activité physique régulière contribue à diminuer le risque de développer certains cancers. Voici quelques chiffres récents :

  • Cancer du sein : Un rapport de l’World Cancer Research Fund (WCRF, 2018) estime qu’un niveau élevé d’activité physique réduit d’environ 20% le risque de développer un cancer du sein chez la femme (avant et après la ménopause).
  • Cancer du côlon : La même organisation note une réduction de l’ordre de 20 à 25% du risque de cancer du côlon chez les personnes actives, par rapport à celles menant une vie sédentaire.
  • Cancer de l’endomètre : Le risque chute de 20 à 30% pour les femmes les plus actives (source : Institut National du Cancer).
  • D’autres cancers : Pour d’autres localisations (foie, œsophage, rein…), les preuves s’accumulent mais restent plus nuancées quant à l’ampleur de la réduction du risque. Le tabac, l’alimentation et le contexte génétique restent des facteurs primordiaux.

À noter : à l’échelle mondiale, un rapport du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC, 2022) indique que près de 10% des cas de cancers du côlon, du sein et de l’endomètre peuvent être directement attribués à l’inactivité physique.

Comment l’activité physique agit-elle sur le risque de cancer ?

L’exercice physique influence le corps à de multiples niveaux, ce qui explique ses effets protecteurs prouvés :

  • Régulation hormonale : L’activité physique contribue à abaisser certains niveaux d’hormones impliquées dans le développement tumoral, comme les œstrogènes ou l’insuline.
  • Contrôle du poids corporel : Un poids stable et sain réduit le terrain favorable à certains cancers, notamment du sein, de l’endomètre et de l’œsophage. L’inactivité favorise l’excès de masse grasse, reconnu comme un facteur de risque.
  • Effets anti-inflammatoires : De nombreuses études montrent qu’une activité régulière diminue l’inflammation chronique de bas grade, un terrain propice à la formation de cellules cancéreuses.
  • Amélioration de l’immunité : Le système immunitaire est mieux entraîné à détecter et éliminer les cellules anormales quand il est stimulé par le mouvement.
  • Effets directs sur le transit intestinal : En favorisant la mobilité digestive, l’exercice diminue le temps de contact des substances potentiellement cancérogènes avec la muqueuse du côlon.

Quels types d’activités physiques sont concernés ?

Il n’est pas nécessaire de pratiquer une activité sportive intensive pour bénéficier de ces effets protecteurs. Plusieurs types d’exercices ont démontré leur impact positif :

  • L’activité aérobie (marche rapide, course, vélo, natation) est la plus étudiée avec des bénéfices bien établis même à dose modérée.
  • Les activités de renforcement musculaire (travail au poids du corps, musculation légère) complètent utilement, notamment pour la prévention de l’ostéoporose (frein secondaire à l’activité chez les personnes âgées).
  • Les activités de la vie quotidienne (jardinage, ménage énergique, déplacements actifs) comptent également : il n’est pas nécessaire de s’inscrire à la salle de sport pour protéger sa santé !

Le National Cancer Institute (NCI, USA) rappelle que les bénéfices apparaissent dès 150 minutes d’activité physique modérée, cumulées chaque semaine, selon les recommandations internationales.

Exemples concrets : quelle activité pour qui ?

  • Enfants et adolescents : Idéalement 1h d’activité modérée à intense par jour, sous forme de jeux actifs, sport, danse, vélo, en évitant la sédentarité prolongée.
  • Adultes : 150 à 300 minutes par semaine d’exercice modéré (marche rapide, natation, vélo...), ou 75 à 150 minutes d’exercices intenses, en intégrant deux séances de renforcement musculaire.
  • Personnes âgées : Adapter l’intensité, privilégier la régularité ; marche quotidienne, montée d’escaliers, gymnastique douce, aquagym.
  • Personnes à mobilité réduite ou atteintes de maladies chroniques : L’activité adaptée encadrée (APA) permet de préserver les bénéfices tout en respectant les capacités de chacun. L’important est de limiter la sédentarité, même par des mouvements de faible intensité.

Pour tous, il vaut mieux bouger un peu que pas du tout, et répartir l’effort avec souplesse sur la semaine.

Ce qu’il faut éviter : idées reçues et pièges courants

  • « Il faut faire du sport à haute intensité pour avoir un effet » : Faux. Des activités de la vie courante, répétées chaque jour, sont déjà bénéfiques.
  • « Si je suis malade, l’exercice est nocif » : Au contraire, sauf indication médicale contraire, le mouvement adapté fait partie intégrante de la prise en charge, même en cours de traitement d’un cancer (voir HAS, 2021).
  • « Il est trop tard pour s’y mettre » : Les effets bénéfiques apparaissent à tout âge, même en commençant à bouger sur le tard.

Agir dès aujourd’hui : bouger pour prévenir, c’est accessible

Le lien entre activité physique régulière et prévention de plusieurs cancers est aujourd’hui démontré. Adopter une posture active au quotidien, chacun à son rythme, apporte des bénéfices tangibles pour soi et pour la société. Les recommandations ne sont pas réservées aux sportifs ou à une élite, elles concernent tous les âges et tous les profils. Chacun peut choisir d’intégrer plus de mouvement dans sa journée, que ce soit pour se déplacer, effectuer ses tâches ou pratiquer des loisirs actifs. Le mouvement n’est pas une contrainte, mais un choix accessible, évolutif et très efficace pour préserver une partie essentielle de sa santé.

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