Le mois dernier, nous vous invitions à découvrir un premier volet de notre activité de R&D avec un article consacré aux apports d’un accompagnement en activité physique adaptée (APA) à distance (en visioconférence) pour les patients atteints de BPCO. Ce mois-ci, l’équipe R&D vous propose un nouvel article qui revient sur l’importance de la mise en place et du maintien de l’APA pour les enfants, adolescents et jeunes adultes (AJA) atteints de cancer.

mercredi 10 juin 2020

APA et Oncopédiatrie : Quelles perspectives ?

 

L’activité physique adaptée : vers une évolution indispensable des pratiques chez les enfants, Adolescents et Jeunes Adultes (AJA) atteints de cancer

 

En France, environ 3 750 nouveaux cas de cancer par an sont diagnostiqués chez les enfants, Adolescents et Jeunes Adultes (AJA). Malgré des taux de guérison élevés (entre 70 et 85% selon les tranches d’âges et les formes de cancer), le cancer demeure toutefois la deuxième cause de mortalité entre 1 et 14 ans et la troisième entre 15 et 18 ans 1. De plus, en dépit des évolutions majeures dans ce domaine, les traitements du cancer chez les enfants et AJA entraînent encore des effets secondaires importants, aigüs ou chroniques tels que des dysfonctionnements neurocognitifs, cardiaques, fonctionnels ainsi que des problèmes d’obésité, d’ostéoporose ou encore des accidents vasculaires cérébraux 2. Ces effets secondaires des traitements peuvent également être responsables d’une altération des capacités physiques (la cachexie c’est-à-dire la perte de masse musculaire, augmentation de la masse grasse, diminution des capacités motrices) provoquée par le déconditionnement induit, à court, moyen ou long terme 3,4.

Chez les enfants et AJA atteints de cancer, l’activité physique adaptée (APA) est aujourd’hui largement recommandée 12,15 grâce aux bénéfices rapportés dans cette population concernant d’une part les capacités physiques des enfants et d’autre part leur qualité de vie 4,7, mais les preuves scientifiques de son intérêt restent encore insuffisantes.

 

Dans cette évolution des perceptions et des prises en charge, la pratique d’APA enseignée avec une méthodologie particulière 9,10, serait susceptible d’être efficace.  Les résultats de l’étude de Speyer10, portant sur la qualité de vie, démontrent une moindre limitation lorsque les enfants pratiquaient des APA durant leur hospitalisation 10 associée à une amélioration de la santé mentale.

 

Comme précisé ci-dessus, il est important de noter que les études (et donc les programmes d’APA évalués) actuellement disponibles dans la littérature scientifique ont été réalisées uniquement en situation d’hospitalisation. Pour autant, alors même qu’une situation d’inactivité physique et de sédentarité importante est rapportée chez les enfants ou AJA atteints de cancer, celle-ci semble majorée lors du retour à domicile qui fait partie intégrante des parcours de soins dans cette population6. Au-delà de l’état de santé (fatigue, douleur, effets indésirables des traitements) et des disparités d’offre d’accompagnement par le centre référent liées essentiellement à des problématiques financières, les principales barrières à la pratique d’une APA, récemment décrites dans la littérature, sont 8,9,10 :

 

  1. Eloignement du patient du centre de soins (inégalité géographique et sociale) ;
  2. Implication insuffisante de l’environnement familial (inégalité sociale) ;
  3. Isolement social de l’enfant et AJA.

 

Ainsi, il convient de faire évoluer les pratiques en proposant et en évaluant des solutions d’accompagnement innovantes, favorisant l’éducation des enfants et AJA à une pratique régulière d’activité physique sur le long terme. Dessin d’un nouvel espace de vie, entre hospitalisation et domicile, il est alors nécessaire de proposer des démarches uniformes afin de lutter contre l’altération de la condition physique 5,7 et ses comorbidités tout au long du parcours de soins des enfants et AJA atteints de cancer.

 

Intérêt et perspectives de recherche pour l’accompagnement en APA par visioconférence des enfants et AJA atteints de cancer

 

Pour neutraliser les freins à la pratique décrits ci-dessus, qui sont particulièrement marqués pendant la période de traitement, la déclinaison d’un programme d’APA entre l’hôpital et le domicile représente une solution pertinente innovante. Ainsi, Ross et al. (2018)14 ont rapporté que 91% des enfants et AJA atteints de cancer souhaitent pratiquer une activité physique à domicile et ce quel que soit le moment du parcours de soins (enquête menée auprès de 1 500 participants). De plus, l’utilisation des technologies numériques de télécommunication comme la visioconférence ne constitue aucunement un frein à la pratique d’une APA pour cette population jeune et familiarisée avec ces outils numériques. La pratique d’une APA à domicile pourrait même constituer un levier important dans la lutte contre la sédentarité en induisant une modification de comportement pérenne à long terme 13,14.

L’atteinte de ces objectifs suppose que les programmes d’APA chez les enfants et AJA atteints de cancer répondent à 3 critères majeurs :

 

  1.  Réalisation de séances supervisées par un enseignant en Activités Physiques Adaptées diplômé pour une pratique sécurisée (Décret 2016) ;
  2.  Augmentation progressive du nombre et de l’intensité des séances prenant en compte le niveau de fatigue ;
  3.  Accompagnement du patient vers une pratique autonome d’une activité physique régulière 13.

 

A ce jour, les études rapportées dans la littérature ont proposé des « suivis APA » à domicile uniquement par mails, téléphone ou via des applications internet, dont les effets apparaissent limités sur les capacités physiques des enfants et AJA atteints de cancer11.  Pourtant, d’après ces auteurs, la mise en place d’un programme d’APA supervisé à domicile grâce à l’utilisation de technologies numériques de télécommunication, permettrait d’optimiser les bénéfices sur les capacités physiques et la qualité de vie de l’ensemble des patients. A notre connaissance, aucune étude n’a encore été réalisée pour évaluer la faisabilité d’un tel programme, et ses potentiels bénéfices chez les enfants et AJA atteints de leucémie11 ou de tumeurs solides.

 

Dans ce contexte les professionnels de Mooven utilisent, depuis de nombreuses années10 un système de visioconférence corporelle (baptisé VISIOMOOV) pour accompagner en APA les enfants et AJA atteints de cancer. VISIOMOOV est également associé à une plateforme de santé connectée qui vise à faciliter les transmissions médicales entre l’hôpital et le domicile et permet de sécuriser la collaboration et la coordination avec les équipes de soin. Les différents partenaires institutionnels, tels que le service des CHU de Nancy, Montpellier, de Strasbourg ou encore de Caen sont enthousiastes sur cet accompagnement novateur financé par des comités de la ligue contre le cancer (34 et 54) mais aussi des associations ou clubs de services locaux.

 

En collaboration avec le service d’onco-hématologie pédiatrique du CHU de Montpellier, un projet de recherche clinique a démarré en 2019 afin d’évaluer scientifiquement, d’une part la faisabilité d’un programme d’APA de 6 mois en Visiomoov et d’autre part les bénéfices sur la condition physique et la qualité de vie dans la période post-greffe et post-traitement immédiat d’enfants et AJA traités pour une leucémie et lymphome.

Au-delà de l’utilisation de la visioconférence, un autre point fort de l’approche retenue est constitué par la construction d’un programme avec une durée d’accompagnement de 6 mois basée dans un premier temps sur une augmentation progressive du nombre de séances et de l’intensité (sur les 3 premiers mois). Dans un second temps, l’accompagnement vers une autonomie dans la pratique d’une activité physique régulière (par une diminution progressive du nombre de séances supervisées) est mis en place sur les 3 mois suivants. Pour favoriser le changement de comportement, des séances d’éducation à la santé sont également proposées aux enfants et AJA. L’intervention en APA a été conçue dans l’optique d’une transférabilité sur la pratique courante.

 

Ce projet de recherche constitue une étape indispensable vers un objectif plus général d’harmonisation des pratiques en APA, dans cette population et au niveau national, à travers des perspectives d’anticipation et de réduction des effets secondaires :  accompagnement et suivi adapté, participatif, prédictif, préventif et précis avec l’apport du numérique (Plan cancer 2020-2025).

 

Dans un nouvel élan collectif et une volonté de préserver une vie normale, l’ambition est de donner à la pratique d’activité physique régulière, une place légitime dans un parcours de soin, favorisant la mise en mouvement du corps, et la lutte contre un phénomène de rupture (article 51 du plan Ma santé 2022) qui constitue un enjeu de taille auquel les équipes de Mooven attachent une importance majeure.

 

 

Références scientifiques

  1. Eva Steliarova-Foucher, Miranda M Fidler, Murielle Colombet, Brigitte Lacour, Peter Kaatsch, Marion Piñeros, Isabelle Soerjomataram, Freddie Bray, Jan Willem Coebergh, Rafael Peris-Bonet, Charles A Stiller, ACCIS contributors. Changing Geographical Patterns and Trends in Cancer Incidence in Children and Adolescents in Europe, 1991-2010 (Automated Childhood Cancer Information System): A Population-Based Study. Lancet Oncol. 2018 Sep;19(9):1159-1169.
  2. Stefan Essig, Qiaozhi Li, Yan Chen, Johann Hitzler, Wendy Leisenring, Mark Greenberg, Charles Sklar, Melissa M Hudson, Gregory T Armstrong, Kevin R Krull, Joseph P Neglia, Kevin C Oeffinger, Leslie L Robison, Claudia E Kuehni, Yutaka Yasui, Paul C Nathan. Risk of Late Effects of Treatment in Children Newly Diagnosed With Standard-Risk Acute Lymphoblastic Leukaemia: A Report From the Childhood Cancer Survivor Study Cohort. Lancet Oncol 2014 Jul;15(8):841-51.
  3. Anders Öberg, Margareta Genberg, Andrei Malinovschi, Hans Hedenström, Per Frisk. Exercise Capacity in Young Adults After Hematopoietic Cell Transplantation in Childhood. Am J Transplant. 2018 Feb;18(2):417-423.
  4. Braam KI, van der Torre P, Takken T, Veening MA, van Dulmen-den Broeder E, Kaspers GJ. Physical exercise training interventions for children and young adults during and after treatment for childhood cancer. Cochrane Database Syst Rev. 2016 Mar 31;3:CD008796.
  5. Gilchrist S. et  al (2009).  A  framework  for  assessment  in  oncology  rehabilitation, PhyTher,  2009, 89, 286 – 306
  6. Gibson et  a  A  phenomenologic  study  of  fatigue  in adolescents  receiving  treatment  for cancer, Oncology nursing forum 2005, 32, 651-660
  7. Miriam Götte, Silke Taraks, Joachim Boos. Sports in Pediatric Oncology: The Role(s) of Physical Activity for Children With Cancer. J Pediatr Hematol Oncol. 2014 Mar;36(2):85-90.
  8. Anne Lown, Nobuko Hijiya, Nan Zhang, Deo Kumar Srivastava, Wendy M Leisenring, Paul C Nathan, Sharon M Castellino, Katie A Devine, Kimberley Dilley, Kevin R Krull, Kevin C Oeffinge, Melissa M Hudson, Gregory T Armstrong, Leslie L Robison, Kirsten K Ness. Patterns and Predictors of Clustered Risky Health Behaviors Among Adult Survivors of Childhood Cancer: A Report From the Childhood Cancer Survivor Study. Cancer. 2016 Sep 1;122(17):2747-56.
  9. Herbinet, A. et al. (2002a). Activités physiques chez l’enfant atteint d’un cancer : Aspects psycho corporels, Annales Médico Psychologiques, 2002 162, 105 – 109.
  10. Speyer E, Herbinet A, Vuillemin A, Briançon S, Chastagner P. Effect of adapted physical activity sessions in the hospital on health-related quality of life for children with cancer: a cross-over randomized trial. Pediatr Blood Cancer. 2010 Dec 1;55(6):1160-6.
  11. Mizrahi D, Wakefield CE, Fardell JE, Quinn VF, Lim Q, Clifford BK, Simar D, Ness KK, Cohn RJ. Distance-delivered physical activity interventions for childhood cancer survivors: A systematic review and meta-analysis. Crit Rev Oncol Hematol. 2017 Oct;118:27-41.
  12. Buffart LM, Kalter J, Sweegers MG, Courneya KS, Newton RU, Aaronson NK, Jacobsen PB, May AM, Galvão DA, Chinapaw MJ, Steindorf K, Irwin ML, Stuiver MM, Hayes S, Griffith KA, Lucia A, Mesters I, van Weert E, Knoop H, Goedendorp MM, Mutrie N, Daley AJ, McConnachie A, Bohus M, Thorsen L, Schulz KH, Short CE, James EL, Plotnikoff RC, Arbane G, Schmidt ME, Potthoff K, van Beurden M, Oldenburg HS, Sonke GS, van Harten WH, Garrod R, Schmitz KH, Winters-Stone KM, Velthuis MJ, Taaffe DR, van Mechelen W, Kersten MJ, Nollet F, Wenzel J, Wiskemann J, Verdonck-de Leeuw IM, Brug J. Effects and moderators of exercise on quality of life and physical function in patients with cancer: An individual patient data meta-analysis of 34 RCTs. Cancer Treat Rev. 2017 Jan;52:91-104.
  13. Ross WL, Le A, Zheng DJ, Mitchell HR, Rotatori J, Li F, Fahey JT, Ness KK, Kadan-Lottick NS. Physical activity barriers, preferences, and beliefs in childhood cancer patients. Support Care Cancer. 2018 Jan 27.
  14. Bort-Roig J, Gilson ND, Puig-Ribera A, Contreras RS, Trost SG. Measuring and influencing physical activity with smartphone technology: a systematic review. Sports Med. 2014 May;44(5):671-86
  15. https://www.afsos.org/fiche-referentiel/activite-physique-adaptee-chez-enfants-adolescents-jeunes-adultes-aja/